Page:Gautier - Voyage en Espagne.djvu/299

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Chapitre XIII
Ecija. ― Cordoue. ― L’archange Raphaël. ― La mosquée


Nous ne connaissions encore que les galères à brancards, il nous restait à tâter un peu de la galère à quatre roues. Un de ces aimables véhicules partait justement pour Cordoue, déjà encombré d’une famille espagnole ; nous complétâmes la charge. Figurez-vous une charrette assez basse, munie de ridelles à claire-voie et n’ayant pour fond qu’un filet de sparterie dans lequel on entasse les malles et les paquets sans grand souci des angles sortants ou rentrants. Là-dessus, l’on jette deux ou trois matelas, ou, pour parler plus exactement, deux sacs de toile où flottent quelques touffes de laine peu cardée ; sur ces matelas s’étendent transversalement les pauvres voyageurs dans une position assez semblable (pardonnez-nous la trivialité de la comparaison) à celle des veaux que l’on porte au marché. Seulement, ils n’ont pas les pieds liés, mais leur situation n’en est guère meilleure. Le tout est recouvert d’une grosse toile tendue sur des cerceaux, dirigé par un mayoral et traîné par quatre mules.

La famille avec laquelle nous faisions route était celle d’un ingénieur assez instruit et parlant bien français : elle était accompagnée d’un grand scélérat de figure hétéroclite, autrefois brigand dans la bande de José Maria, et maintenant surveillant des mines. Ce drôle suivait la galère à cheval, le couteau dans la ceinture, la carabine à l’arçon de la selle. L’ingénieur paraissait faire grand cas de lui ; il vantait sa probité, sur laquelle son ancien métier ne lui inspirait aucune inquiétude ; il est vrai qu’en parlant de José Maria, il me dit à plusieurs reprises que c’était un brave et honnête homme. Cette opinion, qui nous paraîtrait légèrement