Page:Gautier - Voyage en Espagne.djvu/328

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Ces souliers, ordinairement de satin, couvrent à peine les doigts, et semblent n’avoir pas de quartier, étant garnis au talon d’un petit morceau de ruban de la couleur du bas. Chez nous, une petite fille de sept ou huit ans ne pourrait pas mettre le soulier d’une Andalouse de vingt ans. Aussi ne tarissent-elles pas en plaisanteries sur les pieds et les chaussures des femmes du Nord : avec les souliers de bal d’une Allemande, on a fait une barque à six rameurs pour se promener sur le Guadalquivir ; les étriers de bois des picadores pourraient servir de pantoufles aux ladies, et mille autres andaluzades de ce genre. J’ai défendu de mon mieux les pieds des Parisiennes, mais je n’ai trouvé que des incrédules. Malheureusement, les Sévillanes ne sont restées Espagnoles que de pied et de tête, par le soulier et la mantille ; les robes de couleurs à la française commencent à être en majorité. Les hommes sont habillés comme des gravures de modes. Quelquefois, cependant, ils portent de petites vestes blanches de basin avec le pantalon pareil, la ceinture rouge et le chapeau andalou ; mais cela est rare, et ce costume est d’ailleurs assez peu pittoresque.

C’est à l’Alameda del Duque, où l’on va prendre l’air pendant les entractes du théâtre, qui est tout voisin, et surtout à la Cristina, qu’il est charmant de voir, entre sept et huit heures, parader et manéger les jolies Sévillanes par petits groupes de trois ou quatre, accompagnées de leurs galants en exercice ou en expectative. Elles ont quelque chose de leste, de vif, de fringant, et piaffent plutôt qu’elles ne marchent. La prestesse avec laquelle l’éventail s’ouvre et se ferme sous leurs doigts, l’éclat de leur regard, l’assurance de leur allure, la souplesse onduleuse de leur taille, leur donnent une physionomie toute particulière. Il peut y avoir en Angleterre, en France, en Italie, des femmes d’une beauté plus parfaite, plus régulière, mais assurément il n’y en a pas de plus jolies ni de plus piquantes. Elles possèdent à un haut degré ce que les