Page:Gautier - Voyage en Espagne.djvu/48

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assez naïfs et débonnaires pour accepter un pareil gage. M. Casimir Delavigne s’est servi de cette légende dans sa pièce de La Fille du Cid, mais il a substitué au coffre énorme une boîte imperceptible, qui ne peut rien contenir en effet que l’or de la parole du Cid ; et il n’est aucun juif, même un juif des temps héroïques, qui prêtât quelque chose sur une pareille bonbonnière. Le coffre historique est grand, large, lourd, profond, garni de toutes sortes de serrures et de cadenas : plein de sable, il devait falloir au moins six chevaux pour le remuer, et le digne israélite pouvait le supposer rempli de nippes, de joyaux ou d’argenterie, et se résigner plus facilement aux caprices du Cid, caprices prévus par le Code pénal, ainsi que beaucoup d’autres fantaisies héroïques. La mise en scène du théâtre de la Renaissance est donc inexacte, n’en déplaise à M. Anténor Joly.


Chapitre V
Le cloître ; peintures et sculptures. ― Maison du Cid ; maison du Cordon ; Porte Sainte-Marie. ― Le théâtre et les acteurs. ― La Cartuja de Miraflores. ― Le général Thibault et les os du Cid


En sortant de la salle de Jean Cuchiller, on entre dans une autre pièce d’un style de décoration très pittoresque : des boiseries de chêne, des tentures rouges et un plafond en manière de cuir de Cordoue du meilleur effet ; on voit dans cette pièce une Nativité, de Murillo, une Conception et un Jésus en robe, fort bien peints.

Le cloître est rempli de tombeaux, la plupart fermés de grilles très serrées et très fortes : ces tombeaux, tous d’illustres personnages, sont pratiqués dans l’épaisseur du mur,