Page:Gautier - Voyage en Espagne.djvu/50

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


Jardin des Oliviers, le Portement de croix, le Crucifiement entre les deux voleurs, immense composition qui, pour la finesse des têtes et le précieux des détails, vaut tout ce qu’Albert Dürer, Hemeling ou Holbein ont fait de plus délicat et de plus suave avec leur pinceau de miniaturiste. Cette épopée de pierre est terminée par une magnifique Descente au tombeau : les groupes d’apôtres endormis qui occupent les caissons inférieurs du Jardin des Oliviers sont presque aussi beaux et aussi purs de style que les prophètes et les saints de fra Bartholomé : les têtes des saintes femmes au pied de la croix ont une expression pathétique et douloureuse dont les artistes gothiques possédaient seuls le secret. Ici, cette expression se joint à une rare beauté de forme ; les soldats se font remarquer par des ajustements singuliers et farouches comme on en prêtait dans le Moyen Age aux personnages antiques, orientaux ou juifs, dont on ne connaissait pas le costume ; ils sont d’ailleurs campés avec une audace et crânerie qui font le plus heureux contraste avec l’idéalité et la mélancolie des autres figures. Tout cela est encadré par des architectures travaillées comme de l’orfèvrerie, d’un goût et d’une légèreté incroyables. Cette sculpture a été achevée en 1536.

Puisque nous en sommes à la sculpture, parlons tout de suite des stalles du chœur, admirable menuiserie qui n’a peut-être pas sa rivale au monde. Les stalles sont autant de merveilles ; elles représentent des sujets de l’Ancien Testament en bas-reliefs, et sont séparées l’une de l’autre par des chimères et des animaux fantastiques en forme de bras de fauteuil. Les parties planes sont formées d’incrustations relevées de hachures noires comme les nielles sur métaux ; l’arabesque et le caprice n’ont jamais été plus loin. C’est une verve inépuisable, une abondance inouïe, une invention perpétuelle dans l’idée et dans la forme ; c’est un monde nouveau, une création à part aussi complète, aussi riche que celle de Dieu, où les plantes vivent,