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argentée baigne tous les objets, et sous ce rapport, on peut dire que Paul Véronese est un coloriste supérieur à Titien lui-même, qui a recours aux oppositions vigoureuses et dore ses teintes d’un glacis couleur d’ambre.

Et puis, quelle facilité à remuer ce que, dans le langage spécial de l’art, on appelle les grandes machines ; quelle facilité à distribuer, sans désordre et avec animation pourtant, une foule en étage, en groupes, en pyramides, à la ranger autour d’un de ces banquets gigantesques qui semblent les agapes de l’humanité, dans ces vastes architectures aux balustrades et aux colonnes de marbre blanc, qui laissent transparaître l’azur vénitien à travers leurs interstices.

Quelle fête splendide pour les yeux et quel sujet véritablement humain malgré son apparente insouciance que ces Noces de Cana. Les gens qui ne voient que l’écorce des choses et qui pleurent d’attendrissement aux sentimentalités romanesques, ont parfois accusé Paul Véronèse d’être froid et de manquer de cœur, de n’avoir pas de passion, d’être sans idée et sans but, et de se complaire uniquement aux merveilles d’une exécution prodigieuse. Jamais peintre n’eut un plus haut idéal. Cette fête éternelle