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de ses tableaux a un sens profond ; ses festins sont tout symboliques, car l’on y mange à peine ; et ce n’est pas le feu de l’ivresse qui anime les yeux bruns de ces beaux groupes d’hommes et de femmes, mais un sentiment de joie universelle et d’harmonie générale.

M. Prévost ne pouvait donc consacrer son burin à la reproduction d’un plus noble chef-d’œuvre ; mais en même temps que de difficultés dans l’exécution d’une pareille entreprise ! Jusqu’alors, nous l’avons déjà dit, elle avait découragé tous les graveurs au burin. Les reproductions qui existent des Noces de Cana ne peuvent en effet être considérées comme des œuvres sérieuses. Celles de Mitelli et de Vanni, exécutées dans le XVIIe siècle, sont à l’eau forte et si peu dans le caractère, que l’on doit les supposer faites d’après des copies fort incorrectes ; et quant aux camaïeux de Jackson, aux vignettes des recueils de Filhol et Landon, ce sont des à peu près tellement incomplets, qu’il n’y a rien à en dire. M. Prévost, au contraire, s’est entouré dès le début de son œuvre de toutes les précautions possibles pour s’assurer la plus scrupuleuse fidélité : pendant qu’une remarquable copie, exécutée exprès par un artiste de grand talent, M. Charles Béranger, maintenait sans cesse