Page:Gavarni - Grandville - Le Diable à Paris, tome 4.djvu/57

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volait à aucun plaisir les deux heures qu’il allait consacrer à Prosper Gobillou, le filleul de son père. Il se serait ennuyé ailleurs, il venait s’ennuyer là ; il ne mettait donc aucune importance à ce qu’il faisait, et entra chez M. Laloine, plumassier, sans parti pris d’avance d’être d’une façon ou de l’autre : c’est une commission qu’il faisait. Il arriva à point : on n’attendait plus que lui. Il s’en aperçut sans qu’on le lui montrât le moins du monde, et se crut dispensé de s’excuser. On lui présenta la mariée qui n’osa pas le regarder, puis les parents, et vit que les jeunes gens se poussaient du coude pour se le montrer lorsqu’il saluait ou parlait. Il chercha des yeux quelqu’un à qui s’accrocher, et ne vit aucun homme dans la conversation duquel il pût se mettre à l’abri de cette curiosité. Sterny se retira dans un coin, tandis que la famille se donnait mille soins pour organiser le départ, lorsque entra tout à coup une grande jeune fille qui s’écria :

« Quand je vous disais que j’aurais changé de robe avant que votre marquis ne soit arrivé !

— Lise !… » dit sévèrement M. Laloine, tandis que tout le monde demeurait dans la stupéfaction de cette incartade.

Le regard de M. Laloine dirigé vers Léonce montra à sa fille quelle grosse inconvenance elle venait de commettre, et celle-ci rougit comme le beau lion n’avait jamais vu rougir.

« Pardon, papa, je ne savais pas… dit-elle en baissant la tête, tandis que M. Laloine s’approchant de Sterny, lui dit avec un air paternel :

— C’est une enfant qui n’a pas encore seize ans et qui ne sait pas encore se tenir. »

Sterny regarda cette enfant qui était belle comme un ange.

« C’est votre fille aussi ? dit Léonce.

— Oui, monsieur le marquis, une enfant gâtée, qu’une affreuse maladie du cœur a failli nous enlever, et qu’il faut ménager encore. C’est pour cela que je ne l’ai pas grondée.

— Eh bien, veuillez me présenter à elle et m’excuser de mon inexactitude.

— Ça n’en vaut pas la peine, repartit M. Laloine, ne faites pas attention à cette morveuse. »

Mais Sterny n’était point de cet avis ; jamais il n’avait vu rien de plus charmant que cette fille si belle. Pendant que sa mère la grondait doucement, et semblait lui recommander d’être bien raisonnable, elle