Page:Gazier - Histoire générale du mouvement janséniste, depuis ses origines jusqu’à nos jours, tome 1.djvu/111

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chapitre v

Entre toutes les paroisses de Paris, celle qui se distinguait le plus par son attachement aux Jésuites et par son aversion pour Port-Royal était assurément Saint-Sulpice. Le zèle religieux du célèbre curé Olier allait si loin qu’un jour, l’ostensoir à la main, il adjura la reine-mère de poursuivre sans merci les jansénistes ; on a vu plus haut qu’il refusa de lire en chaire la condamnation de Brisacier calomniateur. Or, il avait pour paroissiens le duc et la duchesse de Liancourt, grands amis de Port-Royal, où leur unique petite-fille était pensionnaire avec les filles du duc de Luynes. Ils logeaient en outre deux jansénistes de marque, le P. Desmares et l’abbé de Bourzeis. Il n’en fallut pas plus pour enflammer le zèle du clergé de Saint-Sulpice. Un vicaire de cette paroisse, que son intolérance a rendu fameux, — il se nommait Picoté, — prétendit, en janvier 1655, obliger le duc de Liancourt, sous peine de privation de sacrements, à rétracter publiquement ses erreurs sur la grâce, à chasser de chez lui les ecclésiastiques qu’il logeait, et finalement à reprendre sans délai sa petite-fille pensionnaire à Port-Royal. Le noble duc protesta de sa soumission sans réserve à la bulle d’Innocent X, mais il refusa de faire ce que Picoté exigeait de lui. Le curé Olier, auquel la duchesse alla porter plainte, soutint énergiquement son vicaire, et déclara que, si le duc et la duchesse se présentaient à la table sainte sans avoir obéi, on les passerait comme on passe les excommuniés et les pécheurs scandaleux[1]. Ce refus de sacrements, le premier que l’histoire de Port-Royal ait enregistré, fit grand bruit ; le pape même en eut connaissance, et

  1. Voir dans Hermant (III, 491) le récit d’un nouveau refus de sacrements infligé à la duchesse de Liancourt deux ans plus tard, en 1657. — Voir également III, 465.