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histoire du mouvement janséniste

de Rapin dans le récit de l’affaire Chavigny « Le joli métier pour un religieux ! Qu’il aurait donc envie, l’homme du bon Dieu, de faire de M. Singlin un captateur de legs illégitimes et un recéleur de valeurs escroquées ! Tout cela est bas et misérable. Il faut avoir lu ces choses, les avoir suivies de près pour comprendre combien les haines dévotes, perpétuées dans les corps et compagnies, sont vivaces et immortelles. Oh ! que les institutions qui ont ainsi pour effet de contraindre l’intelligence et de fausser la droiture morale sont donc détestables et funestes[1] ! »

Ce que Rapin écrivait alors en cachette, ses confrères le disaient partout, et la persécution contre Port-Royal avait pour prétexte les bruits que l’on propageait à la cour, à la ville, dans les provinces, surtout dans les couvents et dans les paroisses. La déplorable situation du diocèse de Paris, qui fut administré pendant dix ans, de 1653 à 1664, par de simples grands vicaires dépourvus d’autorité, favorisait tous les désordres. Le cardinal de Retz, évadé de Nantes en août 1654 et bien accueilli à Rome, était archevêque sans contestation possible, et c’est en son nom que furent faits les procès-verbaux du miracle de la Sainte Épine. Port-Royal de Paris et Port-Royal des Champs, qui était alors dans le diocèse de Paris, avaient le devoir de le reconnaître, de lui obéir en choses justes et même de lui venir en aide dans sa détresse en lui faisant parvenir ce qu’on appellerait aujourd’hui le denier du culte. Ainsi firent les jansénistes, et c’est de l’anarchie qui régnait dans le diocèse de Paris que sortit la grosse affaire qui a donné naissance aux Provinciales.

  1. Port-Royal, tome II, p. 552.