Page:Gazier - Histoire générale du mouvement janséniste, depuis ses origines jusqu’à nos jours, tome 1.djvu/163

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chapitre viii

évident que Port-Royal comptait de nombreux amis parmi les parlementaires, même parmi ceux qui ne lui avaient pas, comme les Harlay, les Bignon, les Briquet, les Robert et autres, confié l’éducation de leurs enfants. Mais beaucoup d’entre eux n’osaient pas se déclarer, propter metum Judœorum, comme on disait au temps de Nicodème et de Joseph d’Arimathie. Favoriser des gens suspects, c’était aller au-devant d’une disgrâce, ou à tout le moins se fermer le chemin des honneurs, et il ne suffisait pas de rester neutre, il fallait faire du zèle et donner des gages. L’exemple le plus probant que l’on en puisse donner, c’est celui du premier président Guillaume de Lamoignon. Ce grand magistrat, cet homme intègre entre tous, s’était cru obligé de confier ses deux fils aux jésuites du collège de Clermont, et il logeait chez lui, dans son hôtel de la rue Pavée, le jésuite Rapin, l’auteur de tant de calomnies abominables. Et ce même Lamoignon était l’ami particulier de Godefroi Hermant. C’est peut-être dans le même hôtel que furent écrits simultanément les mémoires de Rapin et ceux d’Hermant. C’est dans la rue Pavée que le chanoine de Beauvais mourut d’apoplexie en 1692, et le bibliothécaire de Lamoignon, le très janséniste Adrien Baillet, lui avait été donné par Hermant.

Il y a plus : les jésuites de Clermont choisirent l’aîné des fils de Lamoignon pour lui faire soutenir dans leur collège, le 15 juin 1663, un acte public à grand retentissement, une thèse de mathématiques où s’étalait au grand jour, à propos de Copernic, l’infaillibilité papale et la nécessité de l’Inquisition, deux théories que le Parlement de Paris rejetait avec la plus grande énergie. Le scandale fut grand, car cette affaire ne put être étouffée. On en vint même à se demander si le