Page:Gazier - Histoire générale du mouvement janséniste, depuis ses origines jusqu’à nos jours, tome 1.djvu/20

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histoire du mouvement janséniste

À côté de l’évêque d’Ypres, et sur le même pilori, les Jésuites du XVIIe siècle et leurs successeurs ont placé Jean Du Vergier de Hauranne, un Français du Béarn, un compatriote d’Henri IV. Nous le retrouverons, lui aussi, dans la suite de ces études, et nous le verrons jouer un très grand rôle ; mais il est bon d’établir dès maintenant que lui non plus n’a pu être taxé d’hérésie de son vivant, et que, comme Jansénius, il ne méritait en aucune façon les honneurs du bûcher. Né à Bayonne en 1581, il fut d’abord pourvu d’un canonicat dans sa ville natale, puis il devint chanoine de la cathédrale de Poitiers, dont l’évêque lui résigna, en 1620, la petite abbaye de Saint-Cyran. Il était à cette époque ami très particulier de Jansénius, du cardinal de Bérulle et de saint Vincent de Paul. Richelieu l’estimait infiniment et cherchait à se l’attacher en le comblant de prévenances ; mais les refus obstinés de l’abbé de Saint-Cyran et ses velléités d’indépendance irritèrent le tout-puissant ministre, qui résolut de se venger. Ne pouvant l’amener à déclarer nul le mariage de Gaston d’Orléans, et le trouvant opposé à ses sentiments relâchés sur l’attrition, Richelieu le fit enfermer à Vincennes, ordonna la saisie de tous ses papiers, et commença contre sa doctrine une information juridique qui dura deux ans. On aurait voulu le condamner comme hérétique, mais on eut beau lire et relire des manuscrits qui remplissaient deux grands coffres et représentaient peut-être vingt volumes in-folio, il fut impossible d’en tirer même une proposition suspecte ; jamais Saint-Cyran n’a été condamné par le Saint-Siège ou censuré par la Sorbonne. Quand on vint l’arrêter, il travaillait à un grand ouvrage contre les cal-