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histoire du mouvement janséniste

appelons le mouvement janséniste, pas plus que Descartes et Malherbe ne sont les promoteurs du grand mouvement philosophique et littéraire qui a rendu le xviie siècle si célèbre. Descartes et Malherbe ont été entraînés par un courant irrésistible, et même s’ils n’avaient jamais existé, le cartésianisme et le malherbisme auraient été substitués aux vieux systèmes philosophique et littéraire dont le bon sens français ne voulait plus. De même en ce qui concerne les choses de la religion ; la France, qui n’avait pas consenti à se faire calviniste, repoussait avec une égale énergie le bigotisme espagnol et l’ultramontanisme italien, et bien avant la Ligue, elle proscrivait les vendeurs de catholicon. Dès que les Jésuites mirent le pied sur notre territoire, et du vivant même de Loyola, on vit le Parlement de Paris, les évêques, les curés, la Sorbonne et l’Université faire acte de jansénisme, au sens particulier qu’on peut donner à ce mot. Les théologiens suivirent quand ils virent les Jésuites enseigner une théologie « mieux accommodée aux besoins des temps », ce sont les propres termes du général Lainez, que celle de saint Augustin et de saint Thomas. Les audaces de Monte-Major, de Lessius et Hamelius, de Molina enfin, soulevèrent un tolle général, et ces quatre jésuites ont été la véritable cause des événements qui ont bouleversé l’Église durant trois siècles. S’ils n’avaient pas écrit contre les dogmes de la grâce efficace par elle-même et de la prédestination gratuite, on n’aurait vu ni l’Augustinus, ni les Provinciales, ni la bulle Unigenitus. La prédiction du dominicain Melchior Canus se serait trouvée fausse, les Jésuites n’auraient pas « causé à l’Église des maux sans nombre » ; la Sorbonne se serait trompée en déclarant leur société « périlleuse en matière de foi et ennemie de la