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histoire du mouvement janséniste

son auteur un esprit de prosélytisme qui serait un non-sens, car un fataliste qui n’est pas fou ne cherche pas à convertir ses semblables ; il les abandonne au destin.

Ce qui est vrai de Pascal est vrai de tous les autres sans exception ; on ne connaît pas un ouvrage des jansénistes qui prenne la défense des cinq propositions au sens où les papes les ont condamnées avec raison. Lorsque les grands vicaires de Paris sont venus à Port-Royal en 1661 pour interroger les unes après les autres les quatre-vingt-douze religieuses des deux maisons, ils ont dû constater, à leur très grande surprise, qu’il ne s’en était pas trouvé une seule dont la foi pût être suspectée. Elles croyaient toutes, même les plus simples converses, qu’on résiste à la grâce et que Jésus-Christ est mort pour tous les hommes. Elles priaient la Sainte Vierge et elles communiaient plusieurs fois par semaine.

Mais par contre on a vu tous les antimolinistes, disciples de saint Augustin, de saint Bernard, de saint Thomas et du concile de Trente, prendre énergiquement la défense de ce qu’ils ont appelé les dogmes intangibles de la grâce efficace par elle-même et de la prédestination gratuite, et à leur tête doit être placé un prélat qui croyait pourtant à la réalité du jansénisme, Bossuet en personne, que l’on traite aujourd’hui de janséniste. C’est à lui qu’il faut recourir en dernière analyse pour faire connaître l’état de la question.

La grande querelle causée par l’apparition du livre de Molina en 1588, c’est une des phases de cette éternelle question des rapports du fini et de l’infini. L’Éternel est tout-puissant, et rien ne saurait lui résister ; omnia quœcumque voluit, fecit ; dixit et facta sunt ; tout ce qu’il a voulu faire, il l’a fait, — il a dit,