Page:Gazier - Histoire générale du mouvement janséniste, depuis ses origines jusqu’à nos jours, tome 1.djvu/279

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chapitre xiii

puisés dans saint Augustin et dans saint Thomas, et qui sont conformes à la parole divine, aux décrets des conciles, aux décisions des souverains pontifes et à la doctrine des Pères de l’Église. » C’était parler d’or ; Port-Royal eût été ravi et Bossuet de même ; jamais pape ne s’était exprimé ainsi depuis Clément VIII et Paul V. Mais cette belle médaille avait pour revers la glorification de la Bulle, « un très sage et très salutaire jugement de Clément XI » ; Benoît XIII exaltait de même les Lettres Pastoralis officii, et il condamnait nommément Jansénius et Quesnel. Le bref Demissas preces était donc à double face. Les Jésuites et leurs amis étaient on ne peut plus mécontents, et les jansénistes n’avaient pas lieu d’être satisfaits. Aussi la guerre reprit-elle plus violente que jamais ; on le vit bien dans l’affaire des trente chartreux appelants qui, pour n’être pas excommuniés et condamnés à la prison perpétuelle au pain et à l’eau, durent quitter la France et se réfugier en Hollande. Plus de trois mille lettres de cachet furent expédiées en dix-huit mois par ordre de la Cour.

Encouragé par le Bref aux Dominicains, le cardinal de Noailles, qui n’avait pas révoqué son appel, crut pouvoir négocier directement avec un pape si peu moliniste et si franchement augustinien. Il lui écrivit, il reçut une réponse obligeante, et finalement il lui demanda d’approuver solennellement une sorte de corps de doctrine abrégé et dégagé des obscurités et des ambiguïtés qui déparaient celui de 1720. Benoît XIII accepta, et douze articles furent rédigés parmi lesquels on remarquait ceux-ci :

II. Personne ne résiste à la volonté absolue de Dieu.

VI. Le point capital et le plus important de la religion est le divin commandement de l’amour de