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histoire du mouvement janséniste

n’avait de maisons qu’en Champagne, en Lorraine et en Franche-Comté, avaient été domptés plus tôt, lors du chapitre ou du « brigandage » de Toul, en 1730, trois ans avant le chapitre de Marmoutiers, tenu en 1733. Pour faciliter leur soumission, on leur avait garanti que les doctrines de saint Augustin et de saint Thomas sur la grâce efficace par elle-même et sur la prédestination gratuite ne subiraient aucune atteinte. Ils feignirent de le croire, et ainsi fut asservie, pour le malheur de la science française, l’admirable congrégation des Bénédictins. Toutefois, en raison de leur augustinisme latent, ils ont été, ils sont encore aujourd’hui, considérés comme des acceptants un peu tièdes et par conséquent suspects, au même titre que les Oratoriens et les Dominicains ; le beau zèle de quelques Bénédictins du xixe siècle, des Piolin et des Guéranger, n’a pas suffi à rassurer complètement les Jésuites et la cour de Rome.

Après les Bénédictins, ce fut le tour des Oratoriens. On a vu au commencement de cette histoire comment les Jésuites traitèrent Bérulle et ses premiers auxiliaires ; ils n’ont jamais cessé d’avoir pour le nouvel Institut, dont ils redoutaient à bon droit la concurrence, une haine implacable. Au xviie siècle, ils les ont persécutés et profondément humiliés ; Bossuet s’en indignait et reprochait aux Oratoriens leur lâche condescendance. À la fin du règne de Louis XIV le Père Tellier chercha à les anéantir. Un document manuscrit conservé dans les papiers de Daguesseau et publié il y a quarante ans dans une petite revue parisienne[1] le prouve avec la dernière évidence. C’est

  1. Elle s’appelait La Réforme catholique, et avait pour rédacteur en chef M. Léon Séché que patronnaient MM. Jean Wallon et Garcin de Tassy. C’est moi-même qui ai communiqué à M. Séché le manus-