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chapitre II

l’invita à se justifier. C’est alors que Bérulle, excédé, écrivit au ministre, le 23 décembre 1623, une longue lettre qui est un terrible réquisitoire contre les Jésuites, et qui ne permettra jamais aux Oratoriens d’obtenir ce qu’ils souhaitent avec ardeur depuis bientôt trois siècles, la canonisation de ce grand saint qu’a été le cardinal de Bérulle[1].

Il n’y a donc pas lieu de s’étonner si le général de l’Oratoire s’est rapproché de ceux qui n’aimaient pas les Jésuites. Il ne figure pas dans les nécrologes de Port-Royal, parce qu’il est mort prématurément en 1629, et qu’il ne paraît pas avoir connu la Mère Angélique ; mais il est question de lui dans les deux pamphlets du jésuite Pinthereau, publiés en 1654-1655 et intitulés : La naissance … et le progrès du jansénisme. Bérulle a été le grand ami de l’abbé de Saint-Cyran, dont il disait dans une lettre publiée par Pinthereau : « J’honore bien fort et sa vertu et sa doctrine, que je reconnais très grande et très profonde, et sa sincérité parfaite en l’amitié. » Quand il est mort, il a été pleuré en ces termes par Jansénius dans une lettre adressée par ce docteur au même Saint-Cyran et publiée, en 1655, par Pinthereau : « La mort de Mgr le cardinal de Bérulle m’a fort attristé pour des raisons tant publiques que particulières. Car je sais combien il est difficile, en un siècle entier, de trouver une telle vertu conjointe avec telle autorité pour faire le bien[2]. » Bérulle voulait faire de Saint-Cyran un évêque, et le docte abbé fut évêque vingt-quatre heures parce qu’il avait enfin cédé aux objurgations de son ami, qu’il considérait, dit


  1. Voir dans les Annales des soi-disant Jésuites, tome II, p. 727, le texte de cette lettre, que Richelieu voulait voir imprimée, et dont l’autographe était en 1764 dans les archives de l’Oratoire.
  2. Pinthereau, p. 66, lett. 83.