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histoire du mouvement janséniste

a dû se dire que c’était comme au temps des Atrides et de la guerre de Troie.

Arnauld avait fait paraître en 1644 une apologie de Jansénius contre les sermons du docteur Habert ; en 1645 parut une seconde apologie qui contraignit le fougueux théologal à s’avouer vaincu ; et le vainqueur, poursuivant ses avantages, fit paraître aussitôt un troisième opuscule, intitulé Apologie pour les saints Pères de l’Église défenseurs de la grâce de Jésus-Christ. Ces trois ouvrages eurent, dit Racine, « un prodigieux succès », et l’orthodoxie de leur auteur ne fut pas mise en cause, pas plus qu’elle ne l’avait été lorsque la même doctrine avait été soutenue par lui en Sorbonne en 1636, quatre ans avant l’impression de l’Augustinus. C’est alors que les Jésuites, après mûre délibération, s’avisèrent d’un moyen tout nouveau pour arriver à leurs fins, ils imaginèrent le très habile expédient de ce qu’on appelle les cinq propositions[1]. Ils avaient pour ami et pour allié le docteur Nicolas Cornet, syndic de la Faculté de théologie, un ancien jésuite devenu grand maître du collège de Navarre. Le syndic de la Sorbonne était un personnage d’importance, car il avait durant une année entière la police de la Faculté, et il devait surtout contrôler avec soin les doctrines soutenues dans les thèses ; il était le gardien-né de l’orthodoxie de la Sorbonne. C’est précisément en qualité de syndic que Nicolas Cornet, suivant le plan concerté secrètement avec ses affidés, engagea la grande bataille le ier juillet 1649, après la paix de Rueil. Il avait convoqué, dit

  1. On lit dans Rabelais (Pantagruel, 4, prologue), à propos de certains moines de son temps : « L’une des moindres contumélies dont ils usaient, était que tels livres étaient farcis d’hérésies ; n’en pouvaient toutefois une seule exhiber en endroit aucun. »