Page:Gazier - Histoire générale du mouvement janséniste, depuis ses origines jusqu’à nos jours, tome 1.djvu/93

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.
81
chapitre v

Godefroi Hermant, tout le ban et l’arrière-ban des armées moliniennes dont il était le général, et il se croyait sûr de la victoire ; néanmoins il était profondément troublé, comme César sur les bords du Rubicon. Il dit enfin, après avoir balbutié longtemps, que les affaires de la sacrée Faculté allaient très mal, parce que l’on introduisait dans les thèses des opinions nouvelles qui donnaient occasion à de grands désordres ; la Sorbonne était désorganisée ; il n’y avait plus ni soumission ni respect de l’antique discipline. Et tout cela, disait-il en gémissant, pour six ou sept propositions subversives qu’il avait su découvrir en lisant les thèses, et dont il avait dressé la liste. Il y en avait effectivement sept, dont les cinq fameuses propositions imputées plus tard à Jansénius ; une sixième disait que toutes les actions des infidèles sont des péchés, et la septième était relative à la pénitence, mais elle ne fut pas maintenue. « Ces propositions, dit Racine, étaient embarrassées de mots si captieux et si équivoques que, bien qu’elles fussent en effet très hérétiques, elles semblaient ne dire sur la grâce que presque les même choses que disaient les défenseurs de saint Augustin. »

Le rusé syndic se garda bien de donner des indications précises, comme la loyauté lui en faisait un devoir : il n’attribuait ces propositions à personne, et le nom de Jansénius ayant été prononcé par un interrupteur, il osa dire qu’il n’était nullement question de lui, Non agitur de Jansenio, alors que dans sa pensée c’était de Jansénius et de lui seul qu’il était question, pour le moment du moins. Ces nouveautés dangereuses, qui au dire de Nicolas Cornet exerçaient de si grands ravages, la Sorbonne avait le devoir de les censurer solennellement, et la conclusion du syndic

6