Page:Geniaux - Les Ames en peine.djvu/15

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Aux paroles de leur curé, l’excitation des habitants tomba comme se calme l’océan après un temps rageur. Il y eut bien encore, par-ci par-là, dans les groupes éparpillés, quelques courtes explosions de colère, mais le ton des conversations baissait sans cesse, tandis que se dispersait cette population affligée.


III

LA TOUSSAINT DES BUANIC


Trente années avant le naufrage de la « Rosa-Mystica » un ménage de paysans des monts d’Arrhée, abandonnant leur forêt de hêtres, était venu s’installer à Ploudaniou dans ce bourg de pêcheurs, grands consommateurs de sabots et de galoches.

L’industrieux Job avait construit, presque à l’extrémité d’une pointe rocheuse, sur un sol communal concédé par la municipalité, une chaumière à la mode de Spézet : murs hourdés en branches, terre et galets, avec une toiture couverte des roseaux du palus. Aussitôt leur atelier édifié, ces artisans commencèrent d’ouvrer leurs chaussures, fabriquant surtout de ces bottes de hêtres à houseaux de toile, appréciées des sardiniers dont elles protègent les jambes contre l’humidité de leurs embarcations. Deux fils leur étaient nés. Lestes et minces, avec de longs cous supportant des têtes fines aux sourcils bien arqués au-dessus de prunelles du bleu naïf des myosotis, Jean et Julien prirent coutume de jouer sur les embarcations du port avec les mousses qu’ils étonnaient par leur agilité. Bientôt ils n’eurent plus la seule supériorité de mieux grimper à la pomme des mâts ou de tresser lestement en double nœud un cordage autour de l’organeau des ancres afin d’apporter de l’aide aux caboteurs qui venaient parfois relâcher dans le port, les frères Buanic l’emportèrent encore sur leurs condisciples de l’école. Toujours les premiers dans leurs classes, Jean et Julien méritèrent de tels éloges, que leur maître convain-