Page:Geniaux - Les Ames en peine.djvu/24

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diaboliques. Leurs yeux écarquillés semblaient de rubis ou de jade. Par instants, ces polissons élevant à bout de bras leurs lanternes, hurlaient :

« De Profundis, âmes perdues, de profundis ! Aux abîmes, corps morts ! aux abîmes ! »

Les poings fermés, Jean et son frère marchaient déjà vers la porte afin de châtier terriblement ces misérables, lorsque leur mère et leurs fiancées les arrêtèrent. Dans quelle bataille allaient-ils s’engager ? S’ils assommaient quelques-uns de ces enfants, leur situation n’en deviendrait que plus impossible.

Enfin la foule des enfants s’enlisa dans la brume. À cette distance leurs lumières atténuées évoquaient les lugubres esprits des naufragés émergés des grottes sous-marines hantées des congres et des crustacés, les tristes esprits en peine de repos éternel qu’ils ne trouveront jamais au fond des mers mouvantes.

Sur le point de disparaître derrière les rocs de Kenpenhir, la bande haineuse des garçonnets glapit :

« Dies irae ! âmes perdues ! Dies irae ! »


IV

NOËL DE PÊCHEURS


Parmi la joie de toutes ces faces, vermeilles à l’éclairage d’un feu de lande augmenté des débris d’un canot brisé, seules, Nonna et sa sœur gardaient un silence pensif. À chaque moment, écartant cette marmaille trépidante, le large Gurval allongeait ses bras en avant de lui et se frayait passage à travers la houle des têtes rousses qu’il dominait. Sorti dans sa cour, il regardait vers le port signalé par son feu rouge, à l’extrémité du môle. Deux hommes courtauds, « chaloupant » des hanches comme des embarcations au roulis, s’avancèrent pesamment.

— Est-ce vous, Gourlaouen, Nédélec ? Laissez venir, « toutt » !