Page:Geniaux - Les Ames en peine.djvu/56

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sont ailés, ma chère, et leurs voix ressembleront à celles de cormorans.

… Malgré l’assurance affectée du sabotier, les jeunes filles et sa femme, au moindre craquement, à l’éboulis d’un galet, sursautaient. Les yeux fixés sur le cadran d’émail de son horloge, Job reprit :

— Quinze minutes ! M’est avis que nous pouvons sortir. Du silence, mes belles, et du sang-froid.

L’artisan éteignit l’une après l’autre ses lanternes de couleur et jusqu’à sa lampe à suspension.

L’une derrière l’autre, Maharit, Nonna et Anne descendirent vers la plage.

« Jamais ils ne viendront et nous sommes les victimes d’un mirage », songeaient Nonna et Anne. Elles commençaient à croire que les feux de couleur au large n’étaient que fantasmagorie, lorsque les lents battements d’avirons plongés avec précaution, vinrent frapper leurs oreilles. Les sœurs s’étreignirent convulsivement les mains. La nage des rames faisait un bruit doux qui les enchantait.

— Marchons jusqu’à la laisse des goémons afin d’aller au-devant d’eux, proposa Maharit qui ne pouvait plus se contenir.

La marée était basse ; ils durent s’avancer sur les pierres couvertes d’algues vésiculeuses où les crabes effarouchés fuyaient en grattant le sable de leurs pattes pointues. Une roche en forme d’énorme dé fut gravie par les jeunes filles, Job et Maharit. De ce piédestal, ils dominèrent toute l’anse du Poultriel. Une barque noire glissait vers eux dans le silence le plus absolu. Un homme de haute taille, aux épaules étroites, se tenait debout sur le caisson de proue. Encore qu’il fût impossible d’apercevoir son visage caché sous une casquette rabattue, le cœur de Nonna le reconnut :

— Ne descendrez-vous pas à terre, Jean ? demanda Nonna effrayée en voyant que le matelot assis en poupe faisait virer le canot.

— Et Julien, pourquoi n’est-il pas là ? questionna Anne désolée.

Le marin qui godillait se leva et la jeune fille reconnut son fiancé. Elle le pria d’accoster, mais Julien, pour toute réponse, agita vers elle sa main. La chaloupe s’élevait et s’abaissait lentement à la faible houle. Interdites et déses-