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ESCAL-VIGOR

Mais en débouchant sur un viaduc non loin de la gare, ils avisèrent, en contrebas de la rampe, une foule de monde ameuté devant un train de pétrole qui flambait en projetant des flammes hautes comme des maisons.

— Attention, monsieur le comte, ça va lui reprendre ! À votre place, je ferais demi-tour ! proposa Landrillon, le domestique.

Et il fit mine de vouloir descendre.

Mais Henry l’en empêcha en fouettant le cheval et en rendant les rênes, de sorte que la bête effarée s’engagea au trot à travers la cohue.

— À la grâce de Dieu ! avait dit le comte avec un sourire dédaigneux.

Déjouant les prévisions alarmantes du valet, cet animal qu’un bout de papier, qu’une feuille morte suffisait à apeurer traversa la foule, trotta sans manifester la moindre panique au milieu du crépitement des flammes, du sifflement de l’eau des pompes à vapeur, des cris et du tumulte des spectateurs.

— C’est égal, monsieur, nous l’avons échappé belle ! dit Landrillon lorsqu’ils eurent dépassé la zone critique. Et il bougonnait, rancunier, entre ses dents :