Page:Georges Eekhoud - Escal-Vigor.djvu/108

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
100
ESCAL-VIGOR

« À des jeux pareils, il finira par laisser sa peau ! C’est son affaire, mais de quel droit risque-t-il la mienne, de peau ? »

On aurait dit, en effet, que le comte cherchait des occasions de se faire un malheur. De quelle peine pouvait-il bien être affligé pour mépriser ainsi la vie que deux femmes aimantes s’efforçaient de lui faire si radieuse et si douillette ?

À présent, la comtesse et Blandine passaient par des angoisses encore plus mortelles qu’autrefois. La pauvre aïeule espérait lui concilier l’existence en satisfaisant ses fantaisies les plus dispendieuses, mais du train qu’il menait, il finirait par se ruiner de biens et de corps. « Que deviendra-t-il quand je n’y serai plus ? se demandait la digne femme. Il aura bien besoin d’une compagne aimante et sage, d’une femme d’ordre, d’un ange gardien au dévouement profond et absolu ! »

Par un reste de préjugé, Mme de Kehlmark n’alla point jusqu’à recommander le mariage à ceux qu’elle appelait ses deux enfants, mais elle ne le leur aurait point déconseillé. Quand elle était seule avec Blandine, elle lui exprimait ses appréhensions pour l’avenir du jeune comte : « Il faudrait, disait-elle, une véritable sainte, une égide à