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ESCAL-VIGOR

d’un ton détaché et comme par simple politesse pour la famille. Le vaurien devait être là-bas, quelque part du côté de Klaarvatsch. Claudie désigna l’horizon à l’autre bout de l’île d’un geste ennuyé, en haussant les épaules, et s’empressa de détourner la conversation.

Claudie accaparait le visiteur et il semblait n’avoir d’attention que pour elle, de regard que pour ce qu’elle lui montrait. Il caressa, encouragé par son exemple, la croupe luisante des vaches ; il lui fallut goûter au lait fumant dont des trayeuses hommasses remplissaient des jarres de terre brune. Dans une pièce voisine, d’autres gothons battaient le beurre. La fadeur imperceptiblement saurette écœurait Henry, et il préféra respirer les senteurs âcres de l’écurie où son cheval était en train de mastiquer du trèfle nouveau en compagnie des robustes palefrois de la ferme. Au jardin, elle lui cueillit un bouquet de lilas et de giroflées qu’elle-même lui planta, non sans le palper, dans l’échancrure de son gilet. « Il faudra revenir à la saison des fraises ! » disait-elle en se baissant sous prétexte de lui montrer les baies mûrissantes, mais à la vérité pour le provoquer par les flexions et les contours irritants de sa charnure.