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ESCAL-VIGOR

Guidon devinait, sentait juste : Henry ne se révélait, ne se livrait à fond qu’à son disciple. Avec les autres il se tenait sur la réserve et ses paroles bienveillantes ne contractaient point la caresse, l’onction et le velouté de ses épanchements auprès de son protégé.

Jamais Blandine ne l’avait vu si enjoué, si radieux que depuis qu’il s’était chargé de l’éducation et du sort de ce jeune va-nu-pieds. Quelque déférent et empressé que celui-ci se montrât à l’égard de la dame, il ne parvenait pas à dissimuler sa joie d’être devenu le principal et constant souci du maître de l’Escal-Vigor. Il n’y mettait point malice, non, il exultait naïvement, s’attendrissait même sur la femme un peu délaissée, et, dans son égoïsme d’enfant gâté, de néophyte, d’élu, il ne s’apercevait pas du mutisme et de la réserve de Blandine, lorsque le comte le retenait à dîner, ou des regards singuliers qu’elle leur lançait à l’un et à l’autre quand ils conversaient en s’échauffant et en s’exaltant, accouplés dans un même lyrisme, sans prendre garde à la présence de ce témoin.

Les villageois de Zoudbertinge ne virent pas de mauvais œil la faveur particulière accordée par le Dykgrave au fils de Govaertz.