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ESCAL-VIGOR

Aussi peu que le bourgmestre et sa fille ils croyaient au talent et à la vocation du petit.

« C’est une bonne œuvre et une charité, se disaient-ils. Le père n’aurait rien su faire de bon de ce petit musard, farouche et intraitable, ayant méprisé le travail autant que les distractions des apprentis de son âge. »

Les patauds s’émerveillaient même que le comte fût parvenu à retirer un semblant de service de ce gars qui n’avait jamais su apprendre jusque-là qu’à jouer assez proprement du bugle.

D’ailleurs plus le maître et le disciple se chérissaient, plus Kehlmark se montrait accueillant, généreux, même prodigue, faisant largesse aux confréries d’agrément, multipliant les occasions de cocagnes et de tournois gymnastiques.

Il institua des régates à la voile autour de l’île, où, monté avec Guidon dans un yacht pavoisé à ses couleurs, il faillit l’emporter sur les meilleurs matelots du pays. Il renouvela de ses deniers les instruments de la ghilde Sainte-Cécile ; assista assidûment aux répétitions, aux sorties et aux repas de corps de cette confrérie de jeunes gars ; et il lui arriva même plus d’une fois, les belles nuits d’été où le crépuscule et l’aube semblent se confondre,