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ESCAL-VIGOR

pelait la respiration d’un travailleur qui halète ou d’un amant que le désir oppresse.

À la vue d’un nuage rougeâtre et de forme fantastique, les amis s’étaient rappelé le « Berger de Feu » célèbre dans toutes les plaines du Nord. Kehlmark garda quelque temps le silence ; il paraissait ruminer quelque pensée grave associée à ces croyances terrifiantes. Depuis qu’il le connaissait, le jeune Govaertz ne lui avait pas encore vu cet air douloureux, contracté.

— Vous souffrez, maître ? dit-il.

— Non, cher…, un rien de mauvais souvenir… cela passera. Peut-être cette vesprée extrêmement capiteuse… Ne trouves-tu pas ?… Connais-tu l’histoire véritable du Berger de Feu dont tu parlais tout à l’heure… J’ai tout lieu de croire qu’on la raconte mal… Je devine et me suggère une version plus exacte… J’ai confessé les paysages hantés, par des soirs analogues à celui-ci, de préférence ces coins de bruyère, où la tristesse régnait encore plus navrante qu’ailleurs, où la plaine et l’horizon quintessenciaient leur mélancolie lourde et leur ombrageux sommeil. Certains détails du paysage contractent, tu l’auras remarqué en gardant tes moutons, une signification poignante, presque