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ESCAL-VIGOR

ment sur le front et sur ses yeux divins où semblaient se condenser l’infini et l’éternité.

On eut beau le catéchiser, il n’attacha jamais grande importance à nos momeries et à nos rites étroits. La simple nature demeura son modèle et sa conseillère. En d’autres termes, il n’écouta que ses instincts.

Cependant, sur le tard, bien âgés déjà, ses maîtres eurent un enfant, un tout chétif garçonnet auquel ils donnèrent le nom d’Étienne. Comme les parents étaient trop vieux pour le choyer, ce fut Gérard qui l’éleva en commençant par lui choisir pour nourrices deux de ses brebis favorites. Tiennet poussa, devint un enfant potelé, rose, joli comme un chérubin. Gérard continuait à lui réserver le meilleur lait de ses ouailles, les fruits aromatiques, les œufs des ramiers et des faisans. Il l’adorait comme aucun être humain n’en adora un autre, son pauvre cœur de sauvage n’ayant jamais pu dépenser les trésors d’affection qu’il accumulait. Tiennet gazouillait comme un oiseau ; il était aussi blond que l’autre était brun ; et le petiot commandait au grand garçon farouche. Les vieux égoïstes et maniaques les laissèrent vaguer et vivre ensemble.