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ESCAL-VIGOR

fouillent tout doucement sous ma poitrine pour me lacérer le cœur de leurs ongles. Oh, mon Tiennet, j’expire en songeant qu’elle t’embrassera sur les lèvres, qu’elle t’enlèvera loin d’ici et qu’il me faudra te céder pour toujours à cette voleuse de ma vie…

Tiennet souriait, un peu marri toutefois, s’efforçant de le rendre raisonnable : « Grand fou, mes sentiments pour toi ne changeront pas. Vois, ne suis-je pas toujours le même ? Nous nous rapprocherons comme par le passé. Tu me suivras avec elle… »

Mais la raison ne revenait pas au pauvre berger.

À mesure que la date fatale approchait Gérard dépérissait, perdait l’appétit, boudait tout ce qu’il célébrait autrefois, négligeait son troupeau, et ses allures devinrent même si inquiétantes que ses maîtres l’envoyèrent chez le curé. Peut-être lui avait-on jeté un sort ! les bergers sont tous un peu sorciers et exposés, eux-mêmes, aux maléfices de leurs pareils. Le candide Gérard raconta simplement sa profonde peine au prêtre. Au premier mot que le saint homme en entendit : « Va-t’en, maudit, gronda-t-il. Ta présence empeste… Je ne