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ESCAL-VIGOR

de l’île, à l’intersection de deux très hautes digues d’où il domine tout le pays.

De temps immémorial, les Kehlmark, avaient été considérés comme les maîtres et les protecteurs de Smaragdis. La garde et l’entretien des digues monumentales leur incombaient depuis des siècles. On attribuait même à un ancêtre d’Henry la construction de ces remparts énormes qui avaient à jamais préservé la contrée de ces inondations, voire de ces submersions totales dans lesquelles s’engloutirent plusieurs îles sœurs.

Une seule fois, vers l’an 1400, en une nuit de cataclysme, la mer était parvenue à rompre une partie de cette chaîne de collines artificielles et à rouler ses flots furieux jusqu’au cœur de l’île même ; et la tradition voulait que le burg d’Escal-Vigor eût été assez vaste et assez approvisionné pour servir de refuge et d’entrepôt à toute la population.

Tant que les eaux couvrirent le pays, le Dykgrave hébergea son peuple, et lorsqu’elles se furent retirées, non seulement il répara la digue à ses frais, mais il rebâtit les chaumières de ses vassaux. Avec le temps, ces digues, près de cinq fois séculaires, avaient revêtu l’aspect de collines natu-