Page:Georges Eekhoud - Escal-Vigor.djvu/20

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.
12
ESCAL-VIGOR

relles. Elles étaient plantées, à leur crête, d’épais rideaux d’arbres un peu penchés par le vent d’ouest. Le point culminant était celui où les deux rangées de collines se rejoignaient pour former une sorte de plateau ou de promontoire, avançant comme un éperon ou une proue dans la mer. C’était précisément à l’extrémité de ce cap que se dressait le château. Face à l’Océan, la digue taillée à pic présentait un mur de granit rappelant ces rocs majestueux du Rhin dans lesquels semble avoir été découpé le manoir qui les couronne.

À marée haute, les vagues venaient se briser au pied de cette forteresse érigée contre leurs fureurs. Du côté des terres, les deux digues dévalaient en pente douce, et, à mesure qu’elles s’écartaient, leurs branches formaient un vallon allant en s’élargissant et qui représentait un parc merveilleux avec des futaies, des étangs, des pâturages. Les arbres, jamais émondés, ouvraient de larges éventails toujours frémissants d’arpèges éoliens. Les fuites de daims passaient comme un éclair fauve parmi les frondaisons compactes, où des vaches broutaient cette herbe humide et succulente d’un vert presque fluide qui avait valu à l’île son nom de Smaragdis ou d’Émeraude.