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ESCAL-VIGOR

cela. Oh comme tu t’en voudrais, comme tu te ferais horreur si tu savais la vérité !


Ah oui, qu’il était injuste. L’injustice dont lui-même se croyait victime, le rendait frénétique et aveugle, cruel comme la fatalité.

Il assimilait à la foule, à la masse malveillante et conforme, cette femme admirable, cette amante magnanime, parfois maladroite ou impuissante, présumant trop de ses forces pourtant héroïques, poussée, elle aussi, à bout, mais repuisant dans son amour un nouveau pouvoir d’exalter, de plus en plus, ce dieu qui l’exilait de son ciel.

— Oui, je crois cela, vraiment ! insista le malheureux égaré. Tu m’épargnes, tu me ménages parce que tu mènes ici une existence de châtelaine et parce que tu te crois indispensable à ce prodigue, à ce gaspilleur qui n’a jamais su compter. Tu te figures que je ne puis me passer de toi. Tu t’imposes. Va-t’en. Laisse-moi me ruiner de corps, de bien et d’honneur. Tu es assez riche. Débarrasse-moi de ta présence !… Je te donnerai même de l’argent ! Mais pour l’amour du ciel, éloigne-toi au plus vite ! Quelque chose d’irréparable s’est passé entre nous. Désormais nous nous