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ESCAL-VIGOR

plus précipité qu’à ses besognes d’antan, et, l’ayant aidée à se relever à son tour, il la tint quelques secondes par les poignets, la regarda avec une gratitude mêlée de repentir, et s’éloigna, tout en se rajustant, les jambes un peu flageolantes. Elle n’oublia jamais sa face saurette, et les zigzags que sa silhouette traçait dans l’espace immobile où il finit par s’enfoncer…

Blandine se traîna, plutôt affligée qu’indignée, jusqu’à sa maison et, en se couchant, elle se promit bien de ne raconter jamais ce qu’il lui était arrivé. Plutôt un instinct de solidarité qu’un sentiment de pudeur lui dictait ce silence. À la vérité elle ne parvenait pas à en vouloir à ce brutal, d’abord si impérieux, puis accablé, presque penaud ; elle était même convaincue qu’il lui aurait demandé pardon s’il l’eût osé, mais la tendresse et une certaine gratitude le rendaient presque aussi timide que le violent désir l’avait effréné. Quelques jours après Blandine apprit que le grand Ariaan avait été arrêté dans les environs, rejoint par les gendarmes, comme il traversait la Nèthe à la nage. Son pitoyable violateur était devenu un redoutable récidiviste. Elle se jura de se taire plus que jamais, soucieuse de lui éviter de nou-