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ESCAL-VIGOR

douairière se moquait sans malice de ce qu’elle appelait les momeries de Blandine, mais ne la contrariait en rien dans la pratique d’ailleurs très réduite de sa religion. Par son humeur enjouée, optimiste, frondeuse, Mme de Kehlmarck contrastait avec le caractère prématurément réfléchi et trempé de cette jeune fille qu’elle surnommait sa petite Minerve, sa Pallas Athénée.

La vieille dame s’amusa à l’instruire, et lui apprit à lire et à écrire, si bien qu’elle en fit sa lectrice et son secrétaire.

Mais elle lui inculqua surtout une dévotion pour son petit-fils, son Henry qui étudiait alors au Bodenberg Schloss, et dont Mme de Kehlmarck disait naïvement à Blandine qu’il était son seul préjugé, sa superstition, son fanatisme. Sans cesse elle entretenait sa demoiselle de compagnie de ce petit prodige, de cet enfant précoce et compliqué. Elle lisait et se faisait relire les lettres du collégien, Blandine répondait à ces lettres, sous la dictée de la grand’mère ; mais très souvent elle trouvait, la première, le mot et même le tour de phrase ému que cherchait la vieille dame. Elle finit par écrire d’emblée toute l’épître, d’après le canevas qu’elle demandait à sa maîtresse ; et celle-ci avouait que le