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ESCAL-VIGOR

prit qu’on rencontre à tout échelon de la société ; les posséder équivalait pour elle à des lettres patentes et tenait largement lieu d’un arbre généalogique. Malvina de Kehlmarck, née de Taxandrie, autrefois d’une beauté que, vers 1830, les « almanachs des Muses » proclamèrent ossianique, avait des yeux vifs, d’azur gris aux irisations de perle fine, des boucles à l’anglaise, un nez busqué, des lèvres spirituelles ; elle était grande, sèche et nerveuse, avec un port de reine, ce que les peintres appellent la ligne, encore solennisé par de traînantes robes de velours ou de satin noirs, aux larges manches de guipures, des bonnets à la Marie Stuart, une toilette opulente et sévère que constellaient les escarboucles de ses bagues et de sa broche ; celle-ci, une tête de sphinx taillée dans un onyx et coiffée d’un pschent de brillants et de rubis.

Chez cette maîtresse femme rien de pédant ou de collet monté ; ni prude, ni vulgaire ; bonne sans mièvrerie, même avec brusquerie et goguenardise, mais affectueuse, loyale, d’une sensibilité infinie ; nullement pharisienne, n’abhorrant que la trahison, la duplicité et la bassesse d’âme.

Cette athée évangélique devait infailliblement s’accorder avec cette chrétienne fort dissidente. La