Page:Germain de Montauzan - Les Aqueducs antiques, 1908.djvu/42

From Wikisource
Jump to navigation Jump to search
Cette page a été validée par deux contributeurs.
— 13 —

§II. — Auguste, Agrippa et Drusus à Lyon.
Les deux premiers aqueducs.

Agrippa. — Ce fut un homme extraordinaire que ce Vipsanius Agrippa. Aussi capable de mener une longue campagne[1] et d’organiser la victoire comme général en chef que de veiller aux dispositifs ou de relever la fortune d’un combat[2], il eut aussi, à un degré supérieur, les hautes qualités d’un administrateur, ordre et méthode, coup d’œil étendu et clairvoyant. Mais, particularité plus originale chez un homme d’État, et non pour cela moins remarquable, ce ministre, ce capitaine était né ingénieur. Appien[3] nous le représente commandant la flotte, dans la guerre de Sicile, contre Sextus Pompée, et gagnant la bataille de Naulacque, non pas simplement par une savante tactique, mais spécialement grâce à un engin de son invention qui fit merveille[4]. C’est là un indice de son adresse ingénieuse. Mais il venait de donner sa mesure bien mieux encore en réorganisant la flotte, et en créant, pour l’abriter, le port Jules, dans le voisinage de Baïes, par une percée qui faisait communiquer le Lucrin avec le lac Averne. Cette entreprise, dont Suétone fait honneur à Octave[5] fut plus directement l’œuvre d’Agrippa. On peut en dire autant des mesures d’assainissement, d’embellissement et de sécurité prises dans Rome, telles que l’élargissement et le curage du lit du Tibre, la réfection de la voie Flaminia, et surtout la construction de deux nouveaux aqueducs, l’un pendant son édilité, l’autre treize ans après, à la suite de son troisième consulat, c’est-à-dire en l’an 732/22. À la première des eaux ainsi amenées on donna le

  1. Campagnes des Cantabres, d’Aquitaine, de Pannonie, de Dalmatie.
  2. Bataille d’Actium (V. Velleius Paterculus, II, 85).
  3. Guerres civiles, V, 118.
  4. C’était un long épieu de cinq coudées, protégé par une enveloppe de fer et muni à l’une de ses extrémités d’une sorte de harpon, à l’autre, d’un anneau auquel s’attachait une longue corde ; l’autre bout de celle-ci s’enroulait sur un treuil. On lançait l’épieu au moyen d’une catapulte contre le vaisseau ennemi ; quand il s’y était accroché, on manœuvrait le treuil, qui le ramenait avec sa prise, sans que les ennemis pussent couper, ni l’engin avec sa garniture de fer, ni la corde mise à l’abri des haches par la longueur de celui-ci.
  5. Suétone, Octave, 16.