Page:Gibbon - Histoire de la décadence et de la chute de l'Empire romain, traduction Guizot, tome 1.djvu/168

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.
160
HISTOIRE DE LA DÉCADENCE

multiplièrent le nombre des troupeaux, qui, de leur côté, contribuèrent à la fertilité du sol. À tous ces avantages l’on peut ajouter une attention particulière pour la pêche et pour l’exploitation des mines. Ces travaux employaient une multitude de sujets, et servaient également aux plaisirs du riche et à la subsistance du pauvre. [Abondance générale.]Columelle nous a donné, dans son excellent ouvrage, la description de l’état florissant de l’agriculture en Espagne sous le règne de Tibère, et l’on peut observer que ces famines, qui désolaient si souvent la république dans son enfance, se firent à peine sentir lorsque Rome donna des lois à un vaste empire : s’il arrivait qu’une province éprouvât quelque disette, elle trouvait aussitôt des secours prompts dans l’abondance d’un voisin plus fortuné.

Arts de luxe.

L’agriculture est la base des manufactures, puisque l’art ne peut mettre en œuvre que les productions naturelles. Chez les Romains, un peuple entier d’ouvriers industrieux était sans cesse employé à servir, de mille façons différentes, les gens riches. Dans leurs habits, leurs tables, leurs maisons et leurs meubles, les favoris de la fortune réunissaient tous les raffinemens de l’élégance, de l’utilité et de la magnificence ; on voyait briller autour d’eux tout ce qui pouvait flatter leur vanité et satisfaire leur sensualité. Ce sont ces raffinemens si connus sous le nom odieux de luxe, qui ont excité dans tous les siècles l’indignation des moralistes. Peut-être la société serait-elle plus parfaite et plus heureuse, si tous les hommes possédaient le nécessaire, et que