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HISTOIRE DE LA DÉCADENCE

qu’ils s’appuyaient pour demander l’honneur du triomphe, le succès était leur seul titre. Ils usaient de la victoire en despotes, et ils exerçaient une autorité sans bornes, principalement lorsqu’ils n’étaient plus retenus par la présence des commissaires du sénat. Pompée, dans son gouvernement de l’Asie, récompensa les légions et les alliés de l’état, détrôna des princes, démembra des royaumes, fonda des colonies, et distribua les trésors de Mithridate : à son retour à Rome, il obtint, par un seul acte du sénat et du peuple, la ratification générale de tout ce qu’il avait fait[1]. Tel était le pouvoir dont jouissaient, légalement ou par usurpation, les généraux des armées romaines sur les soldats et sur les ennemis de la république. Ils étaient en même temps gouverneurs, ou plutôt souverains, des provinces conquises ; ils réunissaient l’autorité civile et militaire, administraient la justice, étaient chargés de la direction des finances, et exerçaient la puissance exécutive et législative de l’état.

Lieutenans de l’empereur.

D’après ce que nous avons déjà rapporté dans le

  1. Pompée obtint, par les suffrages inconsidérés, mais libres du peuple, un commandement militaire à peine inférieur à celui d’Auguste. Parmi plusieurs actes extraordinaires de l’autorité exercée par le vainqueur de l’Asie, on peut remarquer la fondation de vingt-neuf villes, et l’emploi de trois ou quatre millions sterling qu’il distribua à ses troupes : la ratification de ces actes souffrit des délais et quelques oppositions dans le sénat. Voyez Plutarque, Appien, Dion-Cassius, et le premier livre des Lettres à Atticus.