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HISTOIRE DE LA DÉCADENCE

scure origine de la maison Flavienne pour les reporter sur la gloire qu’elle semblait promettre. Sous le règne de Titus, l’univers goûta les douceurs d’une félicité passagère ; et le souvenir de ce prince adorable fit supporter, pendant plus de quinze ans, les vices de son frère Domitien.

Adoption et caractère de Trajan.

Dès que Nerva eut été revêtu de la pourpre que lui offrirent les meurtriers de Domitien, il s’aperçut que son grand âge le rendait incapable d’arrêter le torrent des désordres publics, qui s’étaient multipliés sous la longue tyrannie de son prédécesseur. [A. D. 96.]Les gens de bien respectaient sa vertu ; mais les Romains dégénérés avaient besoin d’un caractère ferme, dont la justice imprimât la terreur dans le cœur des coupables. Nerva ne fut point déterminé dans son choix par des vues personnelles. Quoique environné de parens, il adopta un étranger, Trajan, âgé pour lors de quarante ans, et qui commandait une grande armée dans la Basse-Germanie. [A. D. 98.]Ce général fut aussitôt déclaré par le sénat collègue et successeur du prince[1]. Quand l’histoire nous a fatigués du récit des crimes et des fureurs de Néron, combien devons-nous regretter de n’avoir, pour connaître les actions brillantes de Trajan, que le récit obscur d’un abrégé, ou la lumière douteuse d’un panégyrique ! Il existe cependant à la gloire de ce prince un autre panégyrique que la flatterie n’a point dicté : deux cent cinquante ans environ après sa mort, le

  1. Dion, l. LXVIII, p. 1121 ; Pline, Panég.