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DE L'EMPIRE ROMAIN. CHAP. IV.

CHAPITRE IV.
Cruautés, folies, et meurtre de Commode. Élection de Pertinax. Ce prince entreprend de réformer le sénat : il est assassiné par les gardes prétoriennes.

Indulgence de Marc-Aurèle.

MARC-AURÈLE, élevé dans l’école du Portique, n’y avait pas puisé toute la rudesse des stoïciens : la douceur naturelle qui rendait ce prince si cher à ses peuples, était peut-être le seul défaut de son caractère ; la droiture de son jugement était souvent égarée par la confiante bonté de son cœur. Il était sans cesse entouré de ces hommes dangereux, qui savent déguiser leurs passions et étudier celles des souverains, et qui, paraissant devant lui revêtus du manteau de la philosophie, obtenaient des honneurs et des richesses en affectant de les mépriser[1]. Son indulgence excessive pour son frère[2], sa femme et son fils, passa les bornes de la vertu domestique, et devint un véritable tort public par la contagion de leur exemple et les funestes conséquences de leurs vices.

  1. Voyez les reproches d’Avidius-Cassius, Hist. Auguste, page 45 : ce sont, il est vrai, les reproches d’un rebelle ; mais l’esprit de parti exagère plutôt qu’il n’invente.
  2. C’est-à-dire son frère d’adoption, L. Verus, aussi son collègue : Marc-Aurèle n’avait point d’autre frère. (Note de l’Éditeur.)