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HISTOIRE DE LA DÉCADENCE

des alarmes bien fondées, l’habitude de répandre le sang, qu’il avait contractée au milieu de ses plaisirs journaliers, tout irritait son caractère féroce. L’histoire nous a laissé une longue liste de consulaires sacrifiés à ses soupçons. Il recherchait avec un soin particulier ceux qui étaient assez malheureux pour avoir des relations, même éloignées, avec la famille des Antonins ; il n’épargna pas les ministres de ses crimes et de ses plaisirs[1]. Enfin sa cruauté lui devint funeste. Il avait versé impunément le sang des premiers citoyens de Rome ; il périt dès qu’il se rendit redoutable à ses propres domestiques. Marcia, sa favorite, Éclectus, chambellan du palais, et Lætus, préfet du prétoire, alarmés du sort de leurs compagnons et de leurs prédécesseurs, résolurent de prévenir leur perte, qui semblait inévitable ; ils tremblaient sans cesse d’être les victimes du caprice aveugle de l’empereur[2], ou de l’indignation subite du peuple.

Mort de Commode. A. D. 192, 31 déc.

Un jour que Commode revenait de la chasse très-fatigué, Marcia profita de cette occasion pour lui présenter une coupe remplie de vin. Ce prince voulut

  1. Les préfets étaient changés tous les jours, et même presque à toute heure. Le caprice de Commode devint souvent fatal à ceux des officiers de sa maison qu’il chérissait le plus. Hist. Aug., p. 46, 51.
  2. Commode avait déjà résolu de les faire massacrer la nuit suivante, et c’est de cette résolution qu’ils voulurent prévenir l’effet. Voyez Hérodien, l. I, c. 17. (Note de l’Éditeur.)