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HISTOIRE DE LA DÉCADENCE

lés des sommes accordées aux citoyens qui avaient rendu des services à leur patrie ; il rétablit la liberté du commerce ; enfin, il céda toutes les terres incultes de l’Italie et des provinces à ceux qui voudraient les défricher ; et il les exempta en même temps de toute imposition pendant dix ans[1].

Sa popularité.

Une conduite si sage assurait à Pertinax la récompense la plus noble pour un souverain, l’amour et l’estime de son peuple. Ceux qui n’avaient point perdu le souvenir des vertus de Marc-Aurèle contemplaient avec plaisir dans le nouvel empereur les traits de ce brillant modèle : ils espéraient pouvoir jouir long-temps de l’heureuse influence de son administration. Trop de précipitation dans son zèle à réformer les abus d’un état corrompu, devint fatal à Pertinax et à l’empire : l’âge et l’expérience auraient dû lui inspirer plus de ménagement. Sa vertueuse imprudence souleva contre lui cette foule d’hommes perdus et avilis qui trouvaient leur intérêt particulier dans les désordres publics, et qui préféraient la faveur d’un tyran à l’équité inexorable de la loi[2].

Mécontentemens des prétoriens.

Au milieu de la joie universelle, la contenance sombre et farouche des prétoriens laissait apercevoir leur mécontentement secret. Ils ne s’étaient

  1. Quoique Capitolin ait rempli de plusieurs contes puériles la Vie privée de Pertinax, il se joint à Dion et à Hérodien pour admirer sa conduite publique.
  2. Leges, rem surdam, inexorabilem esse, Tite-Live, II, 3.