Page:Gibbon - Histoire de la décadence et de la chute de l'Empire romain, traduction Guizot, tome 1.djvu/367

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et modeste dans ses habillemens, affable et poli dans ses manières. Tous ses sujets pouvaient entrer dans son palais, à de certaines heures de la journée ; mais on entendait en même temps la voix d’un héraut qui prononçait, comme dans les mystères d’Éleusis, cet avis salutaire : « Que personne ne pénètre dans l’enceinte de ces murs sacrés, à moins qu’il n’ait une conscience pure et une âme sans tache[1]. »

Bonheur général des Romains. A. D. 222-235.

Un genre de vie si uniforme, dont aucun instant ne pouvait être occupé par le vice ni par la folie, prouve bien mieux la sagesse et l’équité du gouvernement d’Alexandre, que tous les détails minutieux rapportés dans la compilation de Lampride. Depuis l’avènement de Commode, l’univers avait été en proie pendant quarante ans aux vices divers de quatre tyrans. Après la mort d’Héliogabale, il goûta les douceurs d’un calme de treize années. Les provinces, délivrées des impôts excessifs inventés par Caracalla et par son prétendu fils, jouirent de tous les avantages de la paix et de la prospérité L’expérience avait appris aux magistrats que le plus sûr et l’unique moyen d’obtenir la faveur du monarque, était de mériter l’amour de ses sujets. Les soins paternels d’Alexandre en mettant quelques bornes peu sévères au luxe insolent du peuple romain, diminuèrent le prix des denrées et l’intérêt de l’argent, et sa prudente libéralité sut, sans écraser les classes industrieuses, fournir aux besoins et aux amusemens de la popu-

  1. Hist. Aug., p. 119.