Page:Gibbon - Histoire de la décadence et de la chute de l'Empire romain, traduction Guizot, tome 1.djvu/398

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constamment entre les mains du plus digne, par le suffrage libre et incorruptible de toute la société ; mais l’expérience détruit ces édifices sans fondemens, et nous apprend que, dans un grand état, l’élection d’un monarque ne peut jamais être dévolue à la partie la plus nombreuse, ni même à la plus sage du peuple. L’armée est la seule classe d’hommes suffisamment unis pour embrasser les mêmes vues, et revêtus d’une force assez grande pour les faire adopter aux autres citoyens ; mais le caractère des soldats, accoutumés à la violence et à l’esclavage, les rend incapables d’être les gardiens d’une constitution légale ou même civile. La justice, l’humanité et les talens politiques leur sont trop peu connus, pour qu’ils apprécient ces qualités dans les autres. La valeur obtiendra leur estime, et la libéralité achètera leur suffrage ; mais le premier de ces deux mérites se trouve souvent dans les âmes les plus féroces ; l’autre ne se développe qu’aux dépens du public, et ils peuvent tous les deux être dirigés contre le possesseur du trône par l’ambition d’un rival entreprenant.

Le défaut d’une succession héréditaire dans l’Empire romain
est la source des plus grandes calamités.

La supériorité de la naissance, lorsqu’elle est consacrée par le temps et par l’opinion publique, est de toutes les distinctions la plus simple et la moins odieuse. Le droit reconnu enlève à la faction ses espérances, et l’assurance du pouvoir désarme la cruauté du monarque. C’est à l’établissement de ce principe que nous sommes redevables de la succession paisible et de la douce administration de nos