Page:Gibbon - Histoire de la décadence et de la chute de l'Empire romain, traduction Guizot, tome 10.djvu/380

La bibliothèque libre.
Aller à : navigation, rechercher
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


néral des rebelles[1]. Ce faiseur de rois, qui, dit-on, appela les Abbassides à régner, fut à la fin payé comme on l’est dans les cours, d’avoir osé se rendre utile. Une naissance ignoble, peut-être étrangère, n’avait pu arrêter l’ambitieuse énergie d’Abu Moslem. Jaloux de ses femmes, prodigue de ses richesses, de son sang et de celui des autres, il se vantait avec plaisir et peut-être avec vérité, d’avoir donné la mort à six cent mille ennemis ; et telle était l’intrépide gravité de son caractère et de sa physionomie, qu’excepté un jour de bataille, on ne le vit jamais sourire. Dans les couleurs qu’avaient adoptées les différens partis, la couleur verte était celle des Fatimites ; les Ommiades avaient pris la couleur blanche et, comme la plus opposée à celle-ci, les Abbassides avaient adopté le noir. Leurs turbans et leurs habits étaient obscurcis de cette triste couleur : deux étendards noirs portés sur des piques de neuf coudées de hauteur, paraissaient à l’avant-garde d’Abu Moslem ; on les appelait la nuit et l’ombre, et ces noms allégoriques désignaient d’une manière obscure l’indissoluble union et la succession perpétuelle de la ligne de Hashem. De l’Indus à l’Euphrate,

  1. Les chevaux et les selles qui avaient porté ses femmes, furent tués ou brûlés, de peur qu’un homme ne les montât par la suite. Douze cents mulets ou chameaux étaient employés au service de sa cuisine ; on y consommait chaque jour trois mille pains, cent moutons, sans parler des bœufs, de la volaille, etc. (Abulpharage, Hist. dynast., p. 140).