Page:Gibbon - Histoire de la décadence et de la chute de l'Empire romain, traduction Guizot, tome 13.djvu/323

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dévastation, et les marbres de Ravenne[1] et de Rome[2] décorèrent le palais qu’il éleva à Aix-la-Chapelle. Cinq siècles après Charlemagne, Robert, roi de Sicile, le plus sage et le plus éclairé des souverains de son siècle, se procura des mêmes matériaux qui lui furent facilement apportés par le Tibre et la Méditerranée, et Pétrarque se plaignait avec indignation de ce que l’ancienne capitale du monde tirait de ses entrailles de quoi embellir le luxe indolent de la ville de Naples[3]. Au reste, les pillages ou

  1. Voyez sur les dépouilles de Ravenne (musiva atque marmora) la concession originale du pape Adrien Ier à Charlermagne (Cod. Carolin., epist. 67, in Muratori, Script. Ital., t. III, part. II, p. 223).
  2. Je citerai le témoignage authentique du poète saxon (A. D. 887-899), De rebus gestis Caroli Magni, l. V, p. 437-440, dans les Historiens de France (t. V, p. 180).

    Ad quæ mannoreas præstabat ROM a columnas,
    Quasdam præcipuas pulchra Ravenna dédit.
    De tam longinquâ poterit regione vetustas
    Illius ornatum Francia ferre tibi.

    Et j’ajouterai, d’après la Chronique de Sigebert (Historiens de France, t. V, p. 378), extruxit etiam Aquisgrani Basilicam plurimæ pulchritudinis, ad cujus structuram à ROMA et Ravennâ columnas et marmora devehi fecit.

  3. Un passage de Pétrarque (Opp., p. 536, 537, in épistolâ hortatoriâ ad Nicolaum Laurentium) est si énergique et il vient si à propos, que je ne puis m’empêcher de le transcrire : Nec pudor aut pietas continuit quominus impii spoliata Dei templa, occupatas arces, opes publicas regiones urbis, atque honores magistratuum inter se divisos (habeant ?) quam unâ in re, turbulenti ac seditiosi homines et