Page:Gibbon - Histoire de la décadence et de la chute de l'Empire romain, traduction Guizot, tome 4.djvu/102

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aux succès de son ambition. Au commencement du quatrième siècle, les chrétiens composaient encore un bien petit nombre relativement à la population de l’empire ; mais parmi des peuples dégénérés, qui regardaient la chute ou l’élévation d’un nouveau maître avec une indifférence d’esclaves, le courage et l’union d’un parti religieux pouvaient contribuer aux succès du chef auquel ses adhérens dévouaient, par principes de conscience, leur fortune et leur vie[1]. Constantin avait appris, par l’exemple de son père, à estimer et à récompenser le mérite des chrétiens ; et dans la distribution des offices publics, il avait l’avantage d’affermir son gouvernement par le choix de ministres et de généraux sur la fidélité desquels il pouvait justement se reposer avec une confiance sans réserve. L’influence de missionnaires si distingués devait multiplier les prosélytes de la nouvelle doctrine à la cour et dans les armées. Les Barbares de la Germanie, qui remplissaient les rangs des légions, acquiesçaient sans résistance et par pure indifférence à la religion de leur commandant ; et on peut raisonnablement

  1. Au commencement du dernier siècle, les papistes de l’Angleterre ne composaient qu’une trentième partie, et les protestans de la France ne formaient que la quinzième partie des grandes nations pour lesquelles leur puissance et leur courage étaient un continuel objet de crainte. Voy. les Relations que Bentivoglio, alors nonce à Bruxelles, et depuis cardinal, a envoyées à Rome. (Relazione, t. II, p. 211-241.) Bentivoglio était exact et bien informé ; mais il est un peu partial.