Page:Gibbon - Histoire de la décadence et de la chute de l'Empire romain, traduction Guizot, tome 4.djvu/260

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préfets, des tribuns et des armées entières, furent successivement employés à poursuivre un évêque fugitif ; et de nombreux édits animèrent la vigilante activité des officiers civils et militaires. On promit de fortes récompenses à celui qui livrerait Athanase mort ou vif, et l’on menaça des châtimens les plus sévères ceux qui protégeraient l’ennemi public[1]. Mais les déserts de la Thébaïde étaient alors peuplés d’une race de fanatiques sauvages et dévoués, qui respectaient plus les ordres de leur abbé que ceux de l’empereur. Les nombreux disciples d’Antoine et de Pachôme reçurent Athanase comme leur père. Ils admiraient la patience et l’humilité avec lesquelles le primat suivait strictement les règles austères de leur institution, et ils recueillaient toutes ses paroles comme les émanations de la sagesse divine. Les dangers qu’il courait pour défendre l’innocence et la vérité, leur paraissaient plus méritoires que les prières, les veilles et les jeûnes[2]. Les monastères de l’Égypte étaient situés dans des cantons déserts, et isolés sur les sommets des montagnes et dans les îles du Nil, et le son connu de la trompette sacrée

  1. Hinc jam toto orbe profugus Athanasius, nec ullus ei tutus ad latendum supererat locus. Tribuni, præfecti, comites, exercitus quoque, ad pervestigandum eum moventur edictis imperialibus : præmia delatoribus proponuntur, si quis eum vivum, si id minus, caput certè Athanasii detulisset. (Rufin, l. I, c. 16.)
  2. Saint Grég. Naz., t. I, orat. 21, p. 384, 385. Voyez Tillemont, Mém. ecclés., t. VII, p. 176-410, 820-880.