Page:Gibbon - Histoire de la décadence et de la chute de l'Empire romain, traduction Guizot, tome 4.djvu/456

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tune[1] que donne le hasard, et ils réservent leur estime pour les qualités supérieures de l’esprit dont ils se trouvent si abondamment pourvus. Si Julien dédaignait les acclamations d’une cour vénale qui adorait la pourpre, il était flatté des éloges, des avis, de la liberté et de la jalousie d’un philosophe indépendant qui refusait ses faveurs, aimait sa personne, célébrait son mérite, et devait un jour honorer sa mémoire. Les volumineux écrits de Libanius subsistent encore : la plupart offrent les vaines compositions d’un orateur qui cultivait la science des mots, ou les productions d’un penseur solitaire, qui, au lieu d’étudier ses contemporains, avait les yeux toujours fixés sur la guerre de Troie ou la république d’Athènes. Cependant, le sophiste d’Antioche ne se tenait pas toujours à cette élévation imaginaire : il a écrit une foule de lettres où l’on aperçoit le travail[2] ; il loua les vertus de son siècle ; il censura

  1. Eunap. dit que Libanius ne voulait point accepter le titre honoraire de préfet du prétoire, qui lui parut moins illustre que celui de sophiste. (In vit. Sophist.) Les critiques ont remarqué le même sentiment dans une des épîtres de Libanius lui-même, XVIII, édit. de Wolf.
  2. Il nous reste environ deux mille de ses lettres, genre d’ouvrage où Libanius avait la réputation d’exceller : elles ont été publiées. Les critiques donnent des éloges à leur élégante concision ; cependant le docteur Bentley (Dissertation sur Phalaris, p. 487) observe, peut-être avec raison, quoique avec affectation : « Qu’en lisant ces lettres inanimées et vides de choses, on s’aperçoit bien que l’on converse avec un pédant qui rêve le coude appuyé sur son bureau. »