Page:Gibbon - Histoire de la décadence et de la chute de l'Empire romain, traduction Guizot, tome 4.djvu/528

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s’attachait aux portes de la maison où il avait passé les jours tranquilles et fortunés de son enfance. Une multitude effrayée remplissait les grands chemins ; les distinctions de rang, de sexe et d’âge s’évanouissaient au milieu de la consternation générale. Chacun s’efforçait d’emporter quelques débris du naufrage de sa fortune ; et ne pouvant se procurer sur-le-champ un nombre suffisant de chevaux et de chariots, ils étaient réduits à laisser la plus grande partie de leurs richesses. Il paraît que la barbare insensibilité de Jovien aggrava les peines de ces infortunés. On les établit cependant dans un quartier d’Amida, nouvellement reconstruit ; et, augmentée d’une colonie aussi considérable, cette ville, qui commençait à se relever, recouvra bientôt son antique splendeur, et devint la capitale de la Mésopotamie[1]. L’empereur expédia des ordres pareils pour l’évacuation de Singara, du château des Maures, et pour la restitution des cinq provinces situées au-delà du Tigre. Sapor goûta pleinement la gloire et les fruits de sa victoire, et cette paix ignominieuse a été regardée, avec raison, comme une époque mémorable dans la décadence et la chute de l’Empire romain. Les prédécesseurs de Jovien avaient quelquefois renoncé à des provinces éloignées et peu utiles ; mais depuis la fondation de Rome, le génie de cette ville, le dieu Terme, qui gardait les

  1. Chron. Paschal., p. 300. On peut consulter les Notitiæ ecclesiasticæ.